Article Renée Vivien note de Colette

Publié le par Cristie Cyane

Article Renée Vivien note de Colette
Revue Histoires littéraires
octobre 1903
n° 5, 2001
de Jean-Marc Boscher
Renée Vivien au quotidien
On se tromperait fort si l’on ne voyait dans Renée Vivien que la sombre prêtresse des amours saphiques : « Je n’ai jamais vu Renée Vivien triste », notait Colette. Et, dans son œuvre même, surtout en prose, on trouve ça et là un humour qui, pour sembler imprévu, n’est pas moins assez caractéristique de sa personnalité. Et que dire de sa correspondance à Charles-Brun (plus de cinq cents lettres, encore inédites), qui atteste un esprit ironique et presque facétieux ? La lettre que nous donnons ci-dessous (communiquée par W. Théry) est adressée au critique Jean Ernest-Charles, qui avait publié un article élogieux sur Vivien dans la Revue bleue du 3 octobre 1903. Par la suite, Ernest-Charles devint, tout comme sa femme Louise Faure-Favier, un intime de Vivien, qui les invitait à ses soirées de l’avenue du Bois.
Cette dernière collabora aussi du Censeur, revue d’Ernest-Charles.
Cependant, elle entendait rester entre amis et, dans une autre lettre, avertissait son fougueux admirateur : « Ne me présentez pas d’hommes politiques, je vous en prie : je ne saurais pas leur parler. Et je ferais des gaffes énormes… »
Octobre 1903
Monsieur,
Je ne sais si, comme moi, vous aurez reçu une éducation protestante et biblique, mais vous avez dû patiemment et perfidement méditer ce verset :
« … En agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur ta tête… »
Votre article, trop aimable et trop flatteur pour mes volumes, réveille en moi un ancien remords, que je croyais définitivement assoupi. Si vous n’avez point l’âme implacable d’un clergyman, éreintez mes prochains volumes. Vous me délivrerez ainsi de ce remords gênant. Immolez la future « Vénus des Aveugles » sur le bûchez où vous avez déjà égorgé « les Paons ».
Vos paroles m’arrivent atténuées par le brouillard de Londres, où j’irai, au printemps, planter des choux, puisque Londres est le seul coin de paisible verdure que le télégraphe et le chemin de fer aient épargné pour la joie des solitaires.
Vous m’avez porté malheur, Monsieur. Depuis que vous m’avez ironiquement qualifiée de jeune génie, ma main droite s’est asséchée, et je ne puis plus écrire. Je succombe sous le poids de l’éloge. Vous vous êtes cruellement vengé.
Et pourtant, je suis bien excusable. On m’avait dit que vous étiez un conférencier mondain. J’ai évoqué l’image de Georges Vanor (ah ! la Bodinière ! ah ! ma chère !) et, vous comprenez :
« J’ai fui, comme devant un reptile couché. »
Je suis, d’ailleurs une solitaire aussi farouche qu’anglo-saxonne, aussi anglo-saxonne que farouche.
Agréez, Monsieur, mes meilleurs, sentiments de confraternité littéraire.
Renée Vivien
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