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Publié le par Cristie Cyane

© Cristie Cyane

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En 2000, j'ai créé le site Renée viven.com en hommage à la poétesse Renée Vivien, prénommée Sapho 1900. Ce blog le reprend dans son ensemble.

 

L'oeuvre complète de Renée Vivien consiste en : 
-12 recueils de poésie, soit plus de cinq cent poèmes,
- 2 ouvrages de traductions de poétesses grecques,
- 7 volumes de prose,
- 1 roman,
- des nouvelles,
- correspondances avec Natalie Barney et Kérimé.

 

Paris littéraire
En 1900, les femmes écrivains du monde entier viennent s’installer à Paris. Des salons littéraires sont créés où se rencontrent fréquemment Colette, Anna de Noailles, Natalie Barney, Liane de Pougy. Les femmes se lancent dans l’écriture avec succès. Le public se reconnaît en elles et encourage leur participation à la vie culturelle. E. Charles remarque : "Avec la sincérité des femmes est née une sorte de lyrisme savoureux, audacieux, agaçant d’une sensualité précise et détaillée."
On se tromperait fort si l’on ne voyait dans Renée Vivien que la sombre prêtresse des amours saphiques : "Je n’ai jamais vu Renée Vivien triste, notait Colette (avec qui Renée Vivien était voisine et amie).
Et, dans son œuvre même, surtout en prose, on trouve ça et là un humour qui, pour sembler imprévu, n’est pas moins assez caractéristique de sa personnalité."
 
"Cette poétesse, qui déconcerte souvent, a me semble-t-il, à la fois le culte de la clarté et l’amour de l’ombre ; elle adore aussi les nuances délicates et subtiles, et cela se voit dans les rythmes fluides et vaporeux de sa prosodie. À travers l’œuvre de Renée Vivien, on peut voir non seulement un poète maître de son art mais encore un poète sincère."
(L'Écho de Paris, 2 avril 1903, F. Hauser)
La nature
Les fleurs, les parfums, la mer, les couleurs et les paysages font partie intégrante de l’œuvre de Renée Vivien. Parmi les fleurs, elle affectionnait tout particulièrement les violettes. Pourquoi ces fleurs ? En souvenir de sa meilleure amie d’enfance, Violette Shillito, jeune pianiste et écolière surdouée, avec laquelle Vivien partageait une même passion pour Dante et la poésie. Les violettes sont également citées dans l’œuvre de Sappho à qui Vivien vouait un culte.
 
Les voyages
Vivien voyageait parfois jusqu'à six mois dans l'année.
Ses lieux de prédilections : Mytilène, Constantinople, et le Japon qu'elle découvre en 1906.
 
Quelques voyages :
1903 : Madrid, Tolède, Séville et Londres.
1904 : visite d’une quinzaine de villes en Allemagne, Hollande, Suisse et Italie.
1905 : Menton, Gênes, San Remo, Londres, Mytilène, Constantinople, Ultrecht, Lorelei, Cologne, Bâle, Fiesole, Florence, Bellagio, Londres.
Long voyage méditerranéen : Genève, Naples, Capri, Corfou, Athènes, Smyrne, Jérusalem, Bethléem, Le Caire, Alexandrie.
1906 : Nice, Marseille, le Japon, et quatre voyages Mytilène-Constantinople.
1907 : Naples, Londres. Le Japon en août et septembre.
Vivien parlait peu de ses voyages mais une lettre a été retrouvée dans laquelle on peut lire ce beau passage : "J'ai entrevue la merveille égyptienne, l'enchantement des Pharaons disparus, Isis aux ailes vertes qu'elle étend en signe de protection sur les morts, Anubis à tête de vautour qui pèse leur coeur dans la balance suprême, Néphtys, la déesse qui attend et qui considère l'âme craintive.
Oui, j'ai vu tout cela et je suis revenue avec le désir de voir encore, de voir autre chose, de voir jusqu'à ce que je devienne aveugle, de tout voir sur la Terre et de voir jusque dans l'Au-delà. On ne voit jamais assez loin, on ne voit jamais assez."
Lettre citée par
Jean-Paul Goujon, Tes blessures sont plus douces que leurs caresses, p. 218.
 
Sa bibliothèque
Dante et Sappho avant tout, puis Ronsard, Chénier, Pétrarque.
Parmi les modernes : Nietzsche, Mallarmé, Flaubert, Baudelaire, Verlaine, Judith Gautier, Maupassant, Pierre Louÿs, Charles Cros
et chez les anglo-saxons : Swinburne, Dante-Gabriel Rossetti, Poe, Shakespeare, Keats.
Arrêtons-nous un moment sur Charles Cros (1842-1888) que Renée Vivien affectionnait beaucoup. En 1903, elle financera d'ailleurs la réédition de son recueil Le Coffret de Santal chez l'éditeur P.V. Stock.
Ami de Verlaine et de Rimbaud, Charles Cros fut membre de divers groupes de poètes. Auteur inclassable, il brillait par son style parnassien imprégné d'un lyrisme amer et d’une mélancolie profonde. Il fut également un précurseur du surréalisme, avec des poèmes modernes et parfois ironiques tel Le hareng saur, L’orgue, Hiéroglife.
Verlaine le présenta en 1884 parmi ses Poètes Maudits. Il figure également dans Le Deuxième Parnasse Contemporain (1871).
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Ses amours :
Natalie Barney : l’amour passion
Hélène de Zuylen : l’amour amitié
Kérimé : l’amour de loin
Natalie Barney
Natalie Barney est connue pour avoir crée le célèbre salon littéraire de la rue Jacob en 1910. Bien avant, en 1899, débuta une relation avec Renée Vivien. Après chaque rencontre, Vivien, toujours romantique, lui envoyait un bouquet de fleurs accompagné d’un poème.Leur histoire commençait bien ; pourtant, des goûts différents les sépareront. Natalie Barney fréquentait les soirées mondaines où elle collectionnait les conquêtes. Renée Vivien s’y ennuyait, préférant les soirées intimes entre amis. Peu à peu, elle se lasse de son amie volage et possessive à la fois et décide de couper court à cette relation.
Barney ne pardonnera jamais à Vivien et tentera en vain de la reconquérir. Pour Vivien, la situation était difficile. Elle savait qu’une nouvelle union était vouée à l’échec.
Elles se retrouveront en 1905 lors d’un idyllique séjour à Mytilène.
 
Hélène de Zuylen
En 1902, Vivien rencontre lors d’une soirée, la Baronne Hélène de Zuylen, mariée, mère de deux enfants. Plus mature que Natalie Barney, elle lui apporta la stabilité sentimentale. Cet amour se transformera en amour amitié, selon l’expression de Renée Vivien.
 
Kérimé
En 1904, une mystérieuse admiratrice, du nom de Kérimé, écrit de Constantinople à Renée Vivien. Commence alors une correspondance enflammée qui sera suivie de brèves rencontres. Kérimé, qui avait reçue une éducation française, était mariée à un riche diplomate. Elle était très cultivée et d’une grande beauté.
Toutes deux s’aimaient, mais Kérimé était mariée à un homme de pouvoir ; il lui fut impossible de changer de vie, malgré ses sentiments. Vivien fut cruellement affectée par leur rupture qui survint en 1908.
 
                De sa vie et de son oeuvre, nous pouvons retenir ceci :
• À une époque où il était commun de masquer son amour saphique, Renée Vivien ne recula pas devant la visibilité qu’entraînaient ses écrits sans ambiguïté.
Travaillant sans relâche, elle donna aux lesbiennes des poèmes où elles pourraient enfin se reconnaître. Ses écrits étaient adressées aux générations futures.
• Elle savait que son époque n’était pas prête à entendre ses amours et ses revendications. 

CHANSON

 

Ta voix est un savant poème…

Charme fragile de l’esprit,

Désespoir de l’âme, je t’aime

Comme une douleur qu’on chérit.

 

Dans ta grâce longue et blêmie,

Tu reviens, du fond de jadis…

Ô ma blanche et lointaine amie,

Je t’adore, comme les lys !

 

On dit qu’un souvenir s’émousse,

Mais comment oublier jamais

Que ta voix se faisait très douce

Pour me dire que tu m’aimais ?

 

                          Renée Vivien-Ed. A. Lemerre, 1901.

 

 

LA LUNE CONSOLATRICE

 

Et voici que mon cœur s’épanouit et rit…

Moi qui longtemps souffris, me voici consolée

Par ce noir violet d’une nuit étoilée,

Moi qui ne savais point que la lune guérit !

 

 

Moi qui ne savais point que la lune console

De tout le chagrin lourd, de toute la rancœur !

Sa consolation illumine le cœur

D’un rayon éloquent autant qu’une parole.

 

Et d’un rayon furtif comme un furtif bienfait

Elle se glisse au fond torturé de mon âme,

Elle se glisse avec une douceur de femme.

Et c’est insinuant comme un obscur bienfait.

 

 

Comme un obscur bienfait s’insinue, elle glisse…

Tout le ciel émergeant de l’ombre est radieux.

Éternellement chère à mon cœur, à mes yeux,

Sois louée à jamais, Lune consolatrice !

 

                  Renée Vivien, Dans un coin de violettes, E. Sansot et C., 1910 (p 82-83).

 

 

 

 

 

 

 

VEILLÉE HEUREUSE

 

J’épie avec amour, ton sommeil dans la nuit :

Ton front a revêtu la majesté de l’ombre,

Tout son enchantement et son prestige sombre…

Et l’heure, comme une eau nocturne, coule et fuit !

 

Tu dors auprès de moi, comme un enfant… J’écoute

Ton souffle doux et faible et presque musical

S’élevant, s’abaissant, selon un rythme égal…

Ton âme, loin de moi, suit une longue route…

 

Tes yeux lassés sont clos, ô visage parfait !

Te contemplant ainsi, j’écoute, ô mon amante !

Comme un chant très lointain, ton haleine dormante,

Je l’entends, et mon cœur est doux et satisfait.

 

                    Renée Vivien-Dans un coin de violettes, E. Sansot, 1910.

 

 

Les Arbres

 

Dans l’azur de l’avril, dans le gris de l’automne,

Les arbres ont un charme inquiet et mouvant.

Le peuplier se ploie et se tord sous le vent,

Pareil aux corps de femme où le désir frissonne.

 

Sa grâce a des langueurs de chair qui s’abandonne,

Son feuillage murmure et frémit en rêvant,

Et s’incline, amoureux des roses du Levant.

Le tremble porte au front une pâle couronne.

 

Vêtu de clair de lune et de reflets d’argent,

S’effile le bouleau dont l’ivoire changeant

Projette des pâleurs aux ombres incertaines.

 

Les tilleuls ont l’odeur des âpres cheveux bruns,

Et des acacias aux verdures lointaines

Tombe divinement la neige des parfums.

 

           Renée Vivien, Cendres et Poussières, 1902

 

Ci-dessous Biographie et Critiques littéraires. Bonne lecture !

sse lesbienne, Natalie Clifford Barney, Lucie Delarue Mardrus, Colette, Sappho

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Nelly 01/03/2017 21:00

Bonjour,
un petit message pour ton blog.
A signaler les 2 ouvrages publiés par Claude Bac :
- Poésies de jeunesse (2016), la retranscription d'un des premiers carnets de poésie de R.V. Je t'ai envoyé une des critiques parues.
- Une femme m'apparut... la mise en parallèle des différentes versions existant de ce roman (2015).

Sinon merci encore pour ton recueil de poésie "Demain j'y vais...", une belle lecture, de belles images, surtout le poème "Et si...".